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lundi 12 octobre 2020

Viorne

 Viorne

Son nom

Le nom français de « viorne » vient du latin viburnum qui signifie « lier », par allusion à la souplesse des rameaux. Au Québec, on désigne la viorne sous le nom de « pimbina », mot dérivé de l'algonquin nipimina, qui signifie « graines ou fruits amers ». La viorne est membre de la famille des caprifoliacées qui comprend plusieurs autres arbustes à petites baies, le chèvrefeuille notamment, qui s'appelait jadis caprifolium - littéralement « feuille de bouc » - et qui a donné son nom à la famille.

Son rôle dans l'équilibre écologique

Selon le frère Marie-Victorin, les fruits du V. cassinoides, une espèce omniprésente au Québec, sont la nourriture principale des bandes de merles d'Amérique venant du nord qui traversent la vallée du Saint-Laurent vers la mi-octobre. Normalement plutôt portés sur les protéines animales, ces passereaux préfèrent, à l'automne, manger les baies qui leur fournissent les précieux hydrates de carbone dont ils ont impérativement besoin pour entreprendre leur voyage vers le sud.

Toutes les viornes peuvent constituer de belles haies de taille moyenne (de un à quatre mètres de haut selon les espèces) chargées de petits fruits rouges ou noirs qui peuvent servir de nourriture aux oiseaux migrants ou aux humains sédentaires ou encore rester accrochés aux arbustes et décorer joliment un coin du terrain.

Et ça se mange?

En Scandinavie, on faisait autrefois une sorte de bouillie avec de la farine, du miel et les fruits du V. opulus. On en a également distillé un alcool. Quoique plutôt âpre, le fruit du V. edule était et est encore un aliment important chez les Amérindiens. Chez certaines peuplades, on ne le cueillait traditionnellement qu'en plein hiver tandis que chez d'autres, on le ramassait en septembre pour le consommer sans délai ou encore le conserver jusqu'à ce qu'il s'attendrisse. On l'a également fait sécher. Une façon très courante de conserver les fruits frais, quelle que soit l'espèce, consistait à les recouvrir de graisse d'animal ou d'huile de poisson ou à les immerger dans l'eau. Dans certaines peuplades de l'Ouest, le fruit de la viorne était considéré comme un aliment prestigieux et seules les personnes de haut rang avaient le droit de le cueillir, dans des endroits dont ils avaient la jouissance exclusive, de par leur statut. Élément important des échanges commerciaux ou cadeau de grande valeur, ce petit fruit apparaît dans de nombreux mythes des Haida, une peuplade de la Colombie-Britannique, qui croyaient que c'était l'aliment de choix des êtres surnaturels. Les Carrier le mangeaient avec de la graisse d'ours, les Nishgale le faisaient bouillir et le mélangeaient ensuite avec de l'huile. Parfois, ils en faisaient une sorte de crème glacée, en le battant avec de l'huile de poisson-chandelle et de la neige. On le faisait également cuire dans la soupe. Dans l'Est, les Algonquins et les Abénakis consommaient le fruit de V. cassinoides les Iroquois, Saulteux, Micmacs et Malécites celui du V. lentago et du V. trilobum.

Aujourd'hui, on n'emploie plus guère le fruit de la viorne que dans les confitures et la gelée ou sous forme de jus ou de vin. Ce qui ne nous empêche pas, nous, de renouer avec une tradition fort ancienne, celle de la neige nappée de sirop. Vous trouverez, dans Documents associés, notre recette de sirop de pimbina sur lit de neige immaculée.

Et ça soigne quoi?

Sédatif utérin et nervin, astringent, diurétique, l'écorce de la viorne à feuille de prunier, (V. prunifolium), contribue à soulager les règles douloureuses, à prévenir les accidents nerveux de la grossesse et les risques d'avortement, et à soulager les crampes musculaires. C'est la plante par idéal de la femme enceinte à risque de fausse couche. Sans danger, elle peut être prise à tout moment durant la grossesse, particulièrement en cas de saignements, de même que pour soulager les douleurs post-partum. Elle serait, en outre, fort utile pour les femmes tout juste ménopausées et pour soigner l'hypertension. On croit que l'écorce du V. trilobum et, vraisemblablement, celle du V. edule auraient sensiblement les mêmes propriétés. La première, en tout cas, était considérée comme officinale au Québec où elle avait assez d'importance pour que, en cas de pénurie, on cherche à la remplacer frauduleusement par l'écorce d'une espèce d'érable.

On en prépare une décoction à raison de 30 g d'écorce moulue par litre d'eau (ou 1 cuillerée à café par tasse) à faire bouillir une dizaine de minutes. Prendre 2 ou 3 tasses par jour.

Par voie externe, on a employé l'écorce réduite en poudre et incorporée à une crème neutre pour soulager les crampes musculaires ou la tension excessive aux épaules.


Violette

 Violette

La violette... en gelée et en sirop

À feuilles poilues ou non, en forme de cœur ou de rein, portées ou non sur une tige, à fleurs blanches, jaunes, bleues ou violettes, avec ou sans stolon, les espèces de violettes dans le monde se comptent par quelques centaines. Au Québec, on en dénombre 26, en plus de nombreux hybrides qui se forment spontanément au gré des visites des insectes pollinisateurs.

La plupart du temps petite, presque insignifiante, la violette ne se distingue véritablement de la flore environnante qu'au moment de sa floraison, qui peut être spectaculaire lorsqu'elle couvre de grandes étendues. Mai est assurément le mois pour la cueillir.

Peu particulière quant à son habitat, on la trouve un peu partout, en forêt pour certaines variétés, dans des champs plutôt ombragés ou carrément au soleil pour d'autres, en terre humide ou sèche, sablonneuse ou tourbeuse... Bref, si vous ne trouvez pas de violettes au moment de la floraison, c'est que vous n'avez pas envie d'en trouver.

Et ça se mange ?

Les jeunes feuilles se mangent crues ou cuites. Mucilagineuses, elles donneront de la consistance à une soupe ou un bouillon clair. Elles sont riches en vitamine C (210 mg par 100 g) et sans être très élevée, leur teneur en bêta-carotène n'est pas négligeable (824 mg en équivalent-rétinol par 100 g). Leur forme originale et leur couleur égaieront les mescluns printaniers et leur finesse contribuera à équilibrer les saveurs plus prononcées du cresson, de la chicorée ou de la moutarde.

Quant aux fleurs, bien sûr, on peut les ajouter aux salades, mais traditionnellement, elles ont surtout servi à confectionner des sirops et des gelées ou, cristallisées, à décorer gâteaux et autres desserts. Les fleurs de violettes cristallisées sont d'ailleurs toujours une spécialité de la ville de Toulouse, en France. En Allemagne, on les met parfois à flotter dans le traditionnel Vin de mai, un mélange de vin de Moselle et de champagne dans lequel on a fait macérer des morceaux d'orange et d'ananas ainsi que des tiges d'aspérule odorante, une plante sauvage extrêmement aromatique.

Le sirop de violettes, dont la recette est donnée dans Documents associés, pourra entrer dans la préparation de glaces ou de sorbets maison, napper crêpes, gaufres, gâteaux et quoi encore!

Et ça soigne quoi?

Étant donné sa richesse en mucilage, on ne s'étonne pas que les herboristes aient recommandé la violette pour soigner la toux et la bronchite ainsi que la constipation légère, un peu comme pour la graine de lin. Dans les hôpitaux, on préparait jadis à cet effet le sirop violat, dont voici la recette.

Verser 1 litre et demi d'eau chauffée à environ 45° C sur 450 g de violettes.

Agiter pendant quelques minutes puis passer en pressant légèrement pour exprimer le liquide.

Peser ensuite les pétales de violettes, les mettre dans la partie supérieure d'un bain-marie, ajouter deux fois leur poids d'eau bouillante et laisser infuser 12 heures.

Passer en pressant pour exprimer le liquide. Cette fois, c'est l'infusion qu'il faut peser et lui ajouter le double de son poids en sucre en laissant ce dernier se dissoudre partiellement dans l'infusion avant de chauffer au bain-marie jusqu'à parfaite dissolution. Mais pas plus. Retirer du feu aussitôt.

Toutes ces opérations complexes avaient pour but de préserver les principes actifs, facilement dispersables, des fleurs de violette.

Conservez le sirop au réfrigérateur dans des bouteilles de vin bien nettoyées et fermées avec un bouchon de liège ou scellez les bouteilles avec de la paraffine et conservez-les dans un endroit frais.

Pour les bronchites et la toux, on a recommandé de prendre 30 à 50 g par jour. Aux enfants, on en administre 1 c. à thé, une ou deux fois par jour. Étant donné la quantité de sucre qu'il y a là-dedans, ils ne se font généralement pas tordre le bras pour prendre leur potion!

Pour soigner la constipation légère chez les tout-petits, on administrait un mélange de 1/2 à 1 c. à thé de sirop avec la même quantité d'huile d'amande.

Les feuilles cuites dans l'eau ou fraîches et broyées ont été utilisées en cataplasmes pour soigner les gerçures des seins.

Faites sécher une partie de votre récolte de fleurs de violettes. Pour cela, vous les placerez sur une toile moustiquaire montée sur un cadre de bois. La toile de moustiquaire devrait être en nylon plutôt qu'en métal, car ce dernier risque d'oxyder les fleurs délicates. Placez votre cadre autant que possible dans un endroit sombre pour éviter que les fleurs ne se décolorent. Si le temps est trop humide, chauffez votre four à 200° F, mettez les fleurs sur une tôle à biscuits recouverte de papier ciré et laissez-les de quatre à six heures, porte entrouverte. Laissez-les ensuite refroidir puis conservez-les dans un contenant de verre, de préférence opaque. Sinon vous devrez le ranger dans un coin obscur.

Saviez-vous que ?

Selon Pline L'Ancien, une couronne de violettes placée sur la tête aurait le pouvoir de soigner un mal de crâne ou de soulager les effets des « lendemains de veille ».

Connaissez-vous l'expression jouer les violettes ? Elle signifie, pour un personnage public, être discret, se faire soudainement discret.


Verge d’or

 Verge d’or

Son nom

On dit que Linné, père de la terminologie binomiale latine, donna à la verge d'or le nom scientifique de Solidago (littéralement, « je rends entier », « je consolide ») en raison de sa réputation à favoriser la guérison des plaies. Quant à son nom populaire de « verge d'or », l'histoire ne dit pas s'il lui vient de ce que les riches aristocrates employaient ses tiges pour corriger leurs petits monstres ou s'il faisait plutôt référence à un ancien rituel mystico-érotique dont l'origine se serait perdue dans la nuit des temps...

Son rôle dans l'équilibre écologique

Il y a environ 125 espèces de verge d'or, dont la majorité est nord-américaine. Avec les asters, elles recouvrent à l'automne de vastes étendues de terre, faisant de la vallée du Saint-Laurent, écrit le frère Marie-Victorin, « un immense jardin noyé de pourpre et d'or ». C'est-y pas de la belle prose ça?

Quant aux auteurs de Plantes sauvages des villes et des champs (Groupe Fleurbec), ils écrivent : « Avez-vous déjà observé la succession des floraisons dans un champ à l'abandon? Selon un ordre vertical ascendant, le groupe printanier fraisiers-violettes-pissenlits, au ras du sol, est suivi par l'enchevêtrement multicolore des plantes un peu plus grandes à floraison estivale: graminées-trèfles-marguerites-chicorées-etc., et finalement par le bataillon dressé des grands asters-verges d'or ». Non, je n'avais jamais remarqué, mais maintenant que vous le dites, ça saute aux yeux. Ah! ces évidences qui ne cessent de nous échapper.

Et ça se mange?

On connaît peu d'emplois culinaires à la verge d'or, sa saveur fortement aromatique étant plutôt désagréable. La seule espèce vraiment intéressante à cet égard est le S. odora au parfum anisé que, sous le nom de Thé de la Montagne Bleue, les Hollandais de la Pennsylvanie boivent comme substitut du thé. Sauf qu'elle ne pousse pas chez nous.

Certains affirment que les Amérindiens consommaient les graines du S. canadensis, mais si c'est le cas, cet usage était certainement marginal et géographiquement restreint, peu d'experts en ethnobotanique en faisant mention.

Par contre, le miel de verge d'or est l'un des plus communs en Amérique du Nord. Son goût se situe à mi-chemin entre celui du miel de trèfle et celui du miel de sarrasin. Comme c'est le cas pour tous les types de miel, il ramasse une partie des principes actifs de la plante et peut donc jouer un rôle non négligeable dans l'organisme. La mode actuelle qui en pousse plusieurs à rechercher des miels exotiques - romarin, lavande, mélaleuque et que sais-je encore? - ne devrait pas nous faire oublier les vertus d'un des meilleurs représentants de cette catégorie alimentaire. Il fera merveille dans le traditionnel pain d'épices dont vous trouverez la recette dans Plus d’info.

Et ça soigne quoi?

Considérée dans la tradition européenne comme stimulante, sudorifique, tonique, carminative, apéritive et pectorale, on a utilisé la verge d'or pour les rhumes, les affections pulmonaires, les nausées et les douleurs causées par les « vents ».

Toutefois, c'est dans les affections rénales (infections telles que colibacillose, cystite ou néphrite, calculs rénaux, albuminurie, oligurie) qu'on l'a surtout employée. Il s'agirait d'ailleurs d'une des meilleures plantes pour fortifier le système rénal. Elle a également servi à soigner la diarrhée, les entérocolites et les entérites, notamment celles dont souffrent les tout-petits lorsqu'ils percent leurs dents. On la leur administrait sous la forme de sirop.

Riche en flavonoïdes de type vitamine P, la verge d'or est également utile dans le traitement des varices. À ce titre, elle entre dans la composition de nombreuses spécialités pharmaceutiques allemandes.

On a longtemps prétendu que nos espèces ne possédaient que des propriétés astringentes, par comparaison à l'espèce européenne (Solidago virgo aurea ou virgaurea), censée être bien plus efficace. Mais voilà que des chercheurs allemands qui ont étudié deux de nos espèces indigènes, le S. canadensis et le S. serotina, d'abord importées en Europe comme plantes décoratives, affirment que non seulement elles possèdent les mêmes propriétés médicinales, mais qu'il y a de fortes chances qu'elles soient plus riches en principes diurétiques que l'espèce européenne. Elles sont d'ailleurs acceptées en Allemagne comme substituts de cette dernière en cas de pénurie dans l'approvisionnement. Au Québec, c'est le S. canadensis qu'on a essentiellement employé en médecine populaire.

Les Amérindiens l'utilisaient pour soigner divers maux. Ainsi, les Zunis soignaient le mal de gorge en mastiquant les fleurs et en avalant le jus. Les Alabamas employaient les racines en cataplasme contre le mal de dents. Dans de nombreuses tribus, l'infusion des fleurs et des feuilles a servi à soulager la fièvre et les « douleurs de poitrine ». Les Meskwakis préparaient une lotion qu'ils employaient contre les piqûres d'abeilles ainsi que contre d'autres types d'enflures douloureuses.

Comme bien d'autres plantes, la verge d'or pourrait s'avérer utile contre certains types de cancer. En effet, on a découvert dans l'espèce S. canadensis deux polysaccharides qui ont montré des propriétés antitumorales chez des souris de laboratoire. Naturellement, il faudra bien d'autres travaux encore avant qu'on puisse confirmer cette activité chez l'humain.

Pour préparer la tisane, verser un litre d'eau froide sur 1 ou 2 c. à soupe de plante séchée, faire bouillir deux minutes et laisser infuser une dizaine de minutes.

Note. En usage externe : utiliser la tisane en lotion ou compresse sur les plaies.

Pour préparer un sirop, faire d'abord bouillir pendant dix minutes 100 g de sommités fleuries dans un litre d'eau. Infuser 12 heures. Filtrer, ajouter 1,5 kilo de sucre et réchauffer jusqu'à complète dissolution du sucre. Refroidir et embouteiller. Garder au frais. Administrer au besoin, à raison de 1 ou 2 c. à soupe.

On la trouve où?

Selon les espèces, la verge d'or occupe divers habitats : sous-bois, champs sablonneux, rivages d'eau douce, rivages maritimes, sommets exposés des montagnes, bords de route, forêts, tourbières. Bref, il y en a pour tous les goûts. Le S. canadensis se trouve pratiquement partout au Québec. On récoltera la moitié supérieure de la plante en fleur qu'on fera sécher à l'ombre, comme de coutume sur une moustiquaire, ou suspendue en bouquets.


Tussilage


La plante tire son nom du latin tussilago, « qui chasse, qui agit sur la toux ». « C'est parce qu'elle dégage le "ti" sillage », me disait un jour une amie en rigolant. Ses noms communs d'« herbe à la toux » et de « chasse-toux » ne laissent d'ailleurs, aucun doute sur ses emplois médicinaux traditionnels.

Les noms de « pas-d'âne » ou de « pas de cheval » viennent de la forme de la feuille qui ressemble vaguement à la trace que laissent ces animaux dans le sable.

Par contre, le sens des noms « taconet » et « tacouet » reste obscur. Peut-être s'agit-il tout simplement d'une allusion à takko qui, en ancien français, signifiait « dentelure », en référence à la bordure dentelée de la feuille? On ne sait pas.

Par ailleurs, la plante portait jadis le nom de Filius ante patrem à cause de cette étrange manière qu'elle a de pousser en deux stades distincts et chronologiquement inversés, comparativement à la majorité des autres plantes : la fleur apparaît d'abord, très tôt au printemps, puis quand elle a fané, c'est au tour de la feuille. Si on ne sait pas, on peut facilement penser qu'il s'agit de deux plantes complètement différentes.

Et ça se mange?

Les fleurs sont excellentes en salade. Leur tige est juteuse, légèrement sucrée et aromatique. Idem pour les jeunes feuilles. Plus caoutchouteuses, les feuilles plus âgées seront de préférence cuites.

Avec les cendres des feuilles séchées, on a confectionné un substitut de sel qui présente l'intérêt d'être beaucoup plus riche en chlorure de potassium qu'en chlorure de sodium et, par conséquent, d'être très apprécié des personnes qui doivent suivre un régime sans sel. On le prépare en faisant d'abord sécher les feuilles puis en les faisant brûler (à l'extérieur, il va de soi) par petites quantités dans un récipient de métal. On recueille les cendres que l'on tamisera ensuite et conservera dans un contenant hermétique.

Et ça soigne quoi?

Autrefois, la feuille de tussilage servait d'enseigne aux apothicaires. C'est dire l'importance qu'on lui accordait.

L'un des plus anciens et meilleurs remèdes pectoraux, selon le docteur Jean Valnet ; particulièrement efficace contre la toux chronique accompagnant la silicose et l'emphysème, selon le docteur Fritz Weiss, qui souligne toutefois que l'infusion n'apporte qu'un soulagement symptomatique, ces deux maladies étant incurables. On en prend une tasse le matin, dès le réveil, au moment où la toux est la plus forte, puis une autre le soir au coucher.

Selon les traditions, on a utilisé de préférence les fleurs ou les feuilles pour préparer l'infusion. En Chine, on n'utilise que les fleurs. En France, on les préfère également pour le traitement de la toux. Elles entrent dans la composition de la « tisane des quatre fleurs » qui en fait, en comprend sept... On y réserve plutôt les feuilles pour les usages externes. Idem en Angleterre. Par contre, aux États-Unis, plusieurs semblent privilégier les feuilles, qui seraient plus riches en principes actifs. D'une façon ou d'une autre, on préparera l'infusion, à raison d'une cuillerée à thé de la plante par tasse d'eau bouillante, à infuser dix minutes. On pourra édulcorer au miel, étant donné qu'il est utile contre la toux. On prendra 3 ou 4 tasses par jour.

Les racines ont servi à préparer des bonbons contre la toux. En outre, il existait jadis une préparation médicinale à fumer, le British Herb Tobacco, destinée aux personnes souffrant d'asthme, de catarrhe et d'autres problèmes pulmonaires, et principalement composée de tussilage, auquel s'ajoutaient du ményanthe, de l'euphraise, de la bétoine, du romarin, du thym, de la lavande et de la camomille. Les plantes étaient roulées entre les mains jusqu'à ce qu'elles soient réduites en poudre, puis fumées. On a également fumé les feuilles de tussilage seules.

Il y a quelques années, une certaine controverse est née autour de l'emploi par voie interne du tussilage, après que des études sur les animaux ont révélé que la plante avait des effets cancérigènes. Le gouvernement canadien s'en est ému au point d'interdire pendant un temps la vente de la plante. Mais selon le docteur Fritz Weiss, ayant oeuvré pour la Commission E, il n'y a pas lieu de s'inquiéter d'une part, parce que la plante ne renfermerait qu'une faible proportion de principes toxiques et que, d'autre part, les quantités administrées aux animaux au cours de ces études sont infiniment plus élevées que ce que l'on ne prendra jamais dans toute une vie. Il fallait tout de même faire la mise en garde.

Par voie externe, on peut appliquer les feuilles, fraîches ou macérées toute la nuit dans l'eau, sur les plaies qui tardent à guérir, les brûlures, entorses, tumeurs externes. La décoction des feuilles peut en outre soigner l’hyperhidrose des pieds. On la prépare en faisant bouillir une dizaine de minutes une poignée de feuilles dans un litre d'eau. Laisser refroidir jusqu'à ce que la température soit tolérable et prendre un bain de pieds.


Le tilleul

 Le tilleul

Son nom

Le tilleul d'Amérique (Tilia americana ou Tilia glabra) est plus connu ici sous le nom de « bois blanc », probablement à cause de son bois, justement, qui de tout temps a été prisé par les ébénistes, les sculpteurs et les luthiers. Le sens du nom générique latin, Tilia, reste obscur, mais on sait toutefois que, dès le XIIIe siècle, le mot « teille », qui en est dérivé, désignait spécifiquement l'écorce de cet arbre, que l'on utilisait pour fabriquer des cordes et des nattes. Par la suite, « teille » en est venu à désigner l'écorce de diverses autres plantes textiles, dont le chanvre, « teillage », l'opération qui consistait à séparer les parties ligneuses de la fibre, « teilleur », l'ouvrier qui se consacrait à cette tâche, et « teilleuse », la machine à teiller. Tout un petit vocabulaire technique est donc né autour de la précieuse écorce de ce non moins précieux arbre.

En grec, il porte le nom de Philyra, en hommage à la mère du centaure Chiron, dont on assure que les pouvoirs ont toujours été bénéfiques aux êtres humains. Le tilleul est d'ailleurs considéré comme un symbole d'amitié et de fidélité. Révéré à travers les âges, chanté et glorifié dans les poèmes, il appartient aux plus anciens folklores européens. Dans certaines traditions, on dit qu'il représente à la fois les vertus masculines de la force et du pouvoir, et les vertus féminines de la réceptivité et de la contemplation.

Son rôle dans l'équilibre écologique

À l'époque où Montréal était encore un grand village, le tilleul abondait dans la région et, au moment de sa floraison dans la première moitié de juillet, il constituait dans certains cas la principale ressource mellifère. 

Et ça se mange?

Les Iroquois et les Saulteux consommaient les jeunes pousses et les rameaux, crus ou cuits. Quant à l'écorce, ils la cuisaient d'abord longuement puis la broyaient et l'ajoutaient aux bouillons de poisson ou à de l'huile de poisson qu'on intégrait ensuite aux ragoûts.

Les jeunes feuilles encore translucides et très tendres sont excellentes en salade. On peut également les faire lactofermenter. Plus âgées, elles ont été séchées puis réduites en farine et ajoutées à des céréales. Réputé pour être très nutritif, ce plat était répandu lors de la dernière guerre mondiale alors que les nazis tentaient d'affamer la population française. On a aussi employé les feuilles comme fourrage pour le bétail.

On peut ajouter les fleurs aux salades de fruits ou de légumes, qu'elles parfumeront agréablement. Les fruits rôtis, que les anglophones désignent sous le nom de monkey-nuts, ont servi à préparer un succédané de café. Quant à la sève, elle est, paraît-il, fort bonne à boire. On peut aussi en faire du sirop, mais le rendement est faible.

Pour nombre d'Européens qui, contrairement à nous, peuvent en trouver sur le marché, de tous les miels, le miel de tilleul est celui qui possède la saveur la plus délicate.

Toutefois, l'usage le plus connu est celui qui consiste à boire sa tasse de tilleul, à la maison ou au café, comme cela se fait depuis toujours en France, où c'est encore l'infusion la plus répandue. C'est d'ailleurs très précisément l'odeur suave de l'infusion, associée à celle des madeleines, qui, en réveillant ses souvenirs d'enfance, inspira une grande partie de l'oeuvre de Marcel Proust. C'est quand même pas tout à fait rien et c'est pour cela qu'on va jouer, le temps d'une collation, à se prendre pour Proust. Attention, toutefois, les madeleines doivent leur célèbre légèreté à une overdose de beurre. Vous trouverez la recette dans Documents associés.

Et ça soigne quoi?

Sédatives et légèrement hypnotiques, sudorifiques et diurétiques, les fleurs de tilleul ont servi à soigner les spasmes, les troubles digestifs, l'insomnie, les névroses et, parce qu'elles agissent sur l'hyperviscosité et l'hypercoagulation sanguines, l'athérosclérose et la pléthore.

Plus récemment, on a découvert qu'elles augmentaient la résistance non spécifique de l'organisme, ce qui en fait un excellent remède contre la grippe et le rhume, particulièrement chez les enfants. Dès l'apparition des premiers symptômes, on alite l'enfant et on lui donne 2 ou 3 tasses d'infusion par jour. En Europe, on les prend très souvent avec des fleurs de sureau noir, considérées elles aussi comme capables de stimuler la résistance non spécifique de l'organisme.

On a dit que certaines espèces de tilleul, dont le tilleul américain, pouvaient provoquer des vomissements et de la diarrhée chez certaines personnes, mais cela n'est pas confirmé par la tradition médicale nord-américaine. Ainsi, selon les Soeurs de la Providence, tant le tilleul d'Europe (Tilia europoea) que le tilleul d'Amérique sont employés en médecine. « C'est un breuvage agréable, écrivent-elles dans leur Matière médicale, qui convient bien dans les lassitudes, les digestions lentes, les dérangements nerveux. » De son côté, dans sa Flore Laurentienne, le Frère Marie-Victorin parle des propriétés antispasmodiques et diaphorétiques des fleurs de notre espèce. On peut donc les consommer sans crainte. Infuser dix minutes 15 à 30 grammes par litre. Prendre 2 à 4 tasses par jour.

L'aubier de tilleul sauvage, réputé pour combattre l'arthrite, les rhumatismes, la cellulite, les états migraineux et les calculs biliaires et rénaux, provient du Tilia sylvestris, une espèce qui pousse dans le sud de la France et qui serait passablement différente des autres.

Par voie externe, les Amérindiens employaient une décoction de l'écorce interne pour laver et traiter les brûlures. Les hospitalières employaient l'écorce et les feuilles sous la forme de cataplasmes émollients contre les enflures douloureuses et l'inflammation des yeux.

Le bain aux fleurs de tilleul est réputé pour soigner la fatigue nerveuse, l'insomnie et l'anxiété. Il ferait des merveilles auprès des enfants irritables ou hyperactifs. On prépare d'abord une infusion avec 1 1/2 tasse de fleurs dans 1 litre d'eau. On filtre et on ajoute l'infusion à l'eau du bain. On recommande de faire tremper le « petit monstre » une quinzaine de minutes dans ce bain avant de le mettre au lit. Après quoi, on prendra soi-même un bain semblable, histoire de se calmer les nerfs...

Mode de culture

Sa beauté, sa forme, la densité de son feuillage et le fait qu'il se prête particulièrement bien à la taille font que le tilleul est largement utilisé comme arbre d'ornement. On trouve donc facilement des plants en jardinerie. Toutefois, si vous ne disposez que d'une petite cour, il faudra le tailler impitoyablement, car, élevé dans de bonnes conditions et laissé à lui-même, il peut atteindre les 40 mètres de hauteur.

Pour les vrais de vrais qui préfèrent se compliquer l'existence en semant les graines, il faut savoir que ces dernières ont la germination pénible. On devra d'abord les exposer au froid, soit en les mettant dans un sac de sable humide qu'on placera ensuite au congélateur - pendant cinq ou six semaines - avant de les semer en pleine terre, soit en les semant directement à l'extérieur, de préférence dans un bac, histoire de suivre le processus de près. Vous devrez toutefois faire preuve de patience, car, dans ce dernier cas, elles peuvent mettre deux ans à germer.

Comme il n'existe pas, à ma connaissance, de source commerciale de semences, il vous faudra les prélever sur des spécimens vivants. Si vous avez la main verte, vous pouvez également procéder par bouturage. Fin mars/début avril, récoltez des rameaux de 12 à 15 cm et plantez-les sur les deux tiers de leur longueur dans du sable humide. Arrosez régulièrement d'un fin jet d'eau et au bout de quelques semaines, vous devriez voir apparaître des feuilles. Transplantez au printemps.

Par contre, si vous êtes du genre à rater vos semis de radis ou à perdre vos cactus pour raison de soif intense, vaudrait mieux commander un plant chez un pépiniériste.

Le tilleul a besoin d'une terre riche, humide, mais non détrempée. Il craint tellement la chaleur que lorsque le mercure monte trop haut, il peut carrément perdre ses feuilles en guise de protestation. Pour se l'amadouer, on recommande de disposer un paillis d'une quinzaine de centimètres d'épaisseur sur le sol en veillant à bien couvrir l'ensemble de son réseau de racines (soit la surface occupée par l'ombre que projette le feuillage au zénith).


Thé du Labrador

 Thé du Labrador

Son nom

Le nom générique est un ancien mot grec qui désignait à l'origine une plante d'un tout autre genre botanique, mais dont la résine aromatique rappelle celle du lédon. En France, la plante est tellement peu connue que son nom n'apparaît pas dans les dictionnaires. Toutefois, on peut trouver dans certains ouvrages un mot très proche, « lède », qui vient du latin, qui l'a lui-même emprunté au grec, et qui signifie tout simplement « plante ». Comme si le lédon était ce qui se rapproche le plus de « la plante » par excellence, en quelque sorte la quintessence du règne végétal.

« Thé du Labrador » et « lédon du Groenland » viennent bien sûr du fait que c'est d'abord dans ces régions que les premiers explorateurs l'ont trouvée. On l'a aussi appelée « thé des Esquimaux » et « thé velouté ».

Son rôle dans l'équilibre écologique

Comme toutes les plantes de la famille des éricacées - le bleuet, le rhododendron, l'azalée, la gaylussaccia, la busserole, etc. - le lédon pousse dans les milieux acides et tourbeux, milieux ô combien ingrats! que les plantes plus capricieuses considèrent avec le plus grand mépris. Tout dans sa structure rappelle qu'il est fait pour affronter de dures conditions : rameaux et feuilles recouverts d'un dense duvet cotonneux comme s'il fallait toujours craindre un possible coup de froid; feuilles étroites et coriaces, aux bords qui s'enroulent (« à bords fortement révolutés », écrit le frère Marie-Victorin) comme si, à tout moment, elles étaient sur le point de se refermer sur elles-mêmes au cas où... Et par mesure supplémentaire de sécurité, il est tellement imprégné de principes résineux qu'il est pratiquement imputrescible. Avec toute cette adversité, on pourrait le croire radin sur les bords, mais il n'en est rien. Il offre généreusement ses baies - des capsules en fait - en pâture à la sauvagine qui fréquente ces lieux inhospitaliers.

Et ça se mange?

Ca se boit surtout. L'infusion des feuilles a souvent été employée en guise de thé par ceux qui vivent dans la forêt. Durant la grande dépression des années trente, alors que le thé de Chine se faisait rarissime, le thé du Labrador avait de nombreux aficionados. Idem pendant la guerre de l'indépendance américaine (autour des années 1775-1780) où sa consommation se multiplia.

Pratiquement toutes les nations amérindiennes du Canada, de l'Alaska et des États-Unis (jusqu'au sud de son aire) l'ont consommé sous forme de thé, mais on croit que cet usage serait relativement récent et aurait été transmis par les colons blancs. En effet, la notion de thé que l'on avale comme simple boisson et non comme breuvage médicinal aurait été plutôt étrangère aux Amérindiens.

La fleur donne, paraît-il, une bien meilleure infusion que la feuille et, séchée, elle garde beaucoup plus longtemps sa saveur. Toutefois, il faut la récolter juste au bon moment, soit au printemps, ce qui n'est pas nécessairement évident. Par contre, on peut récolter les feuilles tout au long de l'année.

Les Amérindiens mâchaient les feuilles et s'en servaient pour aromatiser les aliments, notamment en les faisant cuire avec les viandes à forte saveur de venaison. D'ailleurs, dans son Gibier à poil et à plume, Jean-Paul Grappe, professeur à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec, propose de préparer un carré de caribou en le faisant d'abord tremper 48 heures dans une marinade aromatisée avec du thé du Labrador. Si...

Dites donc, je ne voudrais pas jouer les trouble-fêtes, mais ça ne prend pas un s à plume, par hasard?

Un « nesse » à plumes? Jamais entendu parler de cet oiseau-là! Et si ça ne vous fait rien, j'aimerais terminer ma phrase. Je disais donc que si lui - le professeur, s'entend - le fait, on ne voit pas pourquoi nous on ne le ferait pas. Je veux dire cuire le gibier avec du lédon. Zut! Voilà ce qui arrive quand on se fait déranger. On perd le fil...

Mais enfin, est-ce oui ou non toxique? 

Toutes sortes de choses ont été dites sur la soi-disant toxicité du lédon, qui renfermerait, à petites doses, de l'andromédotoxine, composé qui se trouve en concentrations beaucoup plus élevées dans d'autres éricacées, le kalmia, notamment. En outre, à cause de sa richesse en tanins, il peut être difficile à digérer pour les estomacs délicats. Mais les grands amateurs de thé du Labrador vous jureront qu'ils en boivent depuis des éons sans éprouver le moindre effet indésirable. Quoiqu'il en soit, respectez les deux règles suivantes et vous serez à l'abri de toute réaction détestable. À moins bien sûr d'une imprévisible réaction idiosyncrasique (terme médical et sociopolitique qui, en gros, signifie qu'un organisme donné se comporte comme un idiot à l'ignorance crasse lorsqu'il se trouve devant une substance étrangère, lui déclarant la guerre avant même de la saluer et de s'enquérir de ses intentions).

Donc :

N'en abusez pas : une tasse par jour suffit.

Ne le laissez pas mijoter trop longtemps : la cuisson prolongée libérant des principes plus ou moins indigestes. Encore que chez certaines nations amérindiennes, on laissait décocter les feuilles pendant une bonne demi-heure. Il faut croire qu'ils n'avaient pas l'idiosyncrasie facile.

Voyez notre recette dans Documents associés.

Et ça soigne quoi?

On connaît peu d'usages médicinaux au thé du Labrador. Par voie externe, on l'a employé comme parasiticide contre les poux, la gale, la teigne et autres maladies de la peau, y compris la lèpre. Dans ce dernier cas, on le prenait également par voie interne. Les Russes, qui ont étudié nombre de plantes médicinales, se sont intéressés de près au lédon. Ils ont découvert qu'il était antioxydant (pas étonnant, avec l'arôme qu'il dégage!) ainsi qu'antimutagène en présence d'une substance comme l'uréthanne, et qu'il combattait certaines formes d'irradiation. Enfin, on a réussi, avec son huile essentielle, à guérir l'encéphalite de la taïga, maladie infectieuse transmise par les tiques ou les moustiques.

Considéré comme un stupéfiant léger, on l'a prescrit contre la coqueluche, la dysenterie et les affections de la vessie. Dans certaines nations amérindiennes, les femmes en prenaient trois fois par jour à l'approche de l'accouchement, histoire de faciliter leur travail. On a également prisé les feuilles réduites en poudre pour soulager le mal de tête.

On retrouve une bonne partie de ces propriétés dans son huile essentielle qui est considérée comme anti-inflammatoire, antispasmodique, antibactérienne, décongestive et possiblement antitumorale. Ce serait aussi un draineur hépatique et un régénérateur des cellules du foie. On s'en est servi pour soigner les intoxications hépatiques d'origine circulatoire, l'insuffisance hépatique, les séquelles d'hépatites virales, les entérites, les néphrites toxémiques ou microbiennes, la gravelle, la prostatite infectieuse, les adénites toxémiques. Enfin, on s'en est également servi pour soigner les allergies chez les hypersthéniques (c'est-à-dire chez les personnes dont certains tissus ou organes réagissent de façon disproportionnée - des idiosyncrasiques, quoi!), ainsi que les insomnies, la nervosité, le spasme du plexus solaire, le déséquilibre thyroïdien.


Souci

 Souci

À semer maintenant

Extrêmement facile à cultiver, le souci vous pardonnera à peu près toutes vos erreurs et négligences, sauf celle de le laisser se dessécher sur pied durant la canicule de juillet. Il aime les terres humides, mais pas détrempées, et n'est pas capricieux quant au pH en autant que ce dernier reste dans des limites respectables (5,5 à 7,5).

Semez-le en rangs ou mieux, en massif, seul ou avec d'autres fleurs annuelles. Lorsque les jeunes plants auront levé, éclaircissez-les de sorte qu'ils se trouvent à environ 30 cm de distance les uns des autres.

Réputé pour éloigner les insectes qui s'en prennent aux plantes potagères, on peut en semer un peu partout à travers le jardin. Veillez toutefois à lui donner tout l'espace dont il a besoin afin qu'il puisse s'épanouir sans entrave, mais évitez de le semer devant des plantes de petite taille car il peut monter jusqu'à 60 centimètres, sans montrer le moindre scrupule.

Les fleurs se récoltent dès qu'elles s'ouvrent, généralement de juillet à septembre ou octobre. Éliminez le cœur et ne gardez que les pétales, qui en fait, si on est botaniquement correct, seraient plutôt des ligules florales. Sauf que bon...

Dès qu'ils sont récoltés, vous devez traiter les pétales immédiatement. Vous avez pour cela diverses possibilités :

Les mettre à sécher à l'obscurité sur une feuille de papier ciré plutôt que sur une toile moustiquaire car ils sont tellement fins qu'ils risquent de coller à la toile. Les conserver ensuite dans un contenant hermétique, à l'abri de la lumière et de l'humidité.

Ou préparer une huile de la façon suivante : en remplir un bocal de verre transparent, recouvrir d'une bonne huile d'olive, laisser macérer deux semaines au soleil, filtrer et embouteiller dans des contenants opaques. Cette huile pourra servir telle quelle ou entrer dans la composition d'onguents ou de crèmes.

Ou préparer une teinture en mélangeant une partie de pétales pour cinq parties d'alcool à 90 °. Laisser macérer deux semaines, filtrer, embouteiller dans un contenant opaque et conserver au frais et à l'obscurité.

Et ça se mange ?

Crus, les pétales servent à aromatiser salades, omelettes ou fromage blanc, et comme substitut bon marché du safran. Séchés, ils sont souvent employés dans la cuisson du riz, qu'ils colorent d'un jaune tendre.

Et ça soigne quoi ?

On l'a dit, le souci a été employé pour calmer les douleurs menstruelles ou corriger leur insuffisance. On l'a également considéré comme un bon dépuratif, d'où son emploi traditionnel dans les maladies telles que la furonculose, les dartres et l'acné.

Toutefois, il est surtout réputé pour son efficacité dans le traitement des plaies de toutes sortes. On s'en est servi notamment pour soigner les crevasses, les engelures, les brûlures et les irritations cutanées. « C'est le remède des plaies par excellence », écrit Jean Valnet dans son Phytothérapie.

Préparer une décoction de deux poignées de fleurs pour un litre d'eau. Faire bouillir 10 minutes et utiliser la solution en compresses ou en bains sur les plaies, brûlures, engelures, impétigo, tumeurs ulcérées, furoncles, acné. Ou employer l'huile au souci que vous aurez préparée au moment de la récolte.

Pour les usages par voie interne, prendre 2 à 4 ml par jour de teinture diluée dans de l'eau.

Vous pouvez aussi confectionner une poudre qui soulagera les fesses irritées du petit dernier en mélangeant les pétales finement broyés avec du talc, de la fécule de maïs ou de l'arrow-root.

Pour en savoir encore plus sur les propriétés médicinales du souci, voyez notre fiche complète.


Saule

 Saule

Son nom

Le nom générique, d'origine celtique, signifie « près de l'eau », par allusion à l'habitat de cet arbre ou arbuste. À cause de la forme de ses feuilles - allongées et au moins trois fois plus longues que larges, le saule (Salix alba) capte la lumière d'une manière tout à fait particulière, ce qui permet de le repérer de loin. Vu d'en haut, d'une montgolfière, par exemple, c'est un des meilleurs indicateurs de la présence d'un cours d'eau, fleuve, rivière ou ru, étant donné que ce qu'il aime plus que tout au monde, c'est de plonger ses racines dans la bonne terre humide et limoneuse des rivages.

Son rôle dans l'équilibre écologique

Dans les régions tempérées, les saules jouent un rôle important pour la préservation des rives des cours d'eau, leurs racines retenant le sol et freinant l'érosion. Dans les régions beaucoup plus froides, la toundra par exemple, où le couvert végétal ne dépasse guère les 10-15 cm de hauteur, les saules se font tout petits et rampants, profitant des quelques degrés de chaleur supplémentaires que le sol leur fournit par rapport à l'air ambiant. Mais encore là, ils forment des sortes de coussinets qui protègent le sol et l'empêchent de partir en poussière sous la forte poussée des vents. Certaines espèces survivent sur les rives longtemps inondées au printemps. Capables de résister aux débâcles, elles colonisent les bancs de sable récemment formés et en fixent le sol de façon à permettre l'établissement futur d'autres espèces d'arbres.

Du grand saule noir qui, plus au sud, peut atteindre 40 mètres et qui occupe massivement les rives du Saint-Laurent et de ses affluents, aux petites espèces arbustives dont certaines sont de véritables reliques ayant échappé à la dernière glaciation et ne se retrouvant que dans quelques rares lieux isolés, le saule affiche une incroyable diversité de formes et de tailles. Rien qu'au Québec, on aurait dénombré au moins quarante espèces, quoique certains estiment qu'il y en a beaucoup plus si on tient compte de l'hybridation naturelle qui se produit entre les espèces.

Symbole d'immortalité en Extrême-Orient, le saule est l'arbre de vie au Tibet, ce qui n'étonnera personne vu son extrême vitalité. En effet, il suffit de planter un rameau de saule dans la terre pour qu'il fasse bientôt des racines et devienne rapidement un arbre imposant.

Et ça se mange?

L'écorce interne, ou cambium, du saule blanc est comestible. Dans les pays nordiques, elle a servi à faire du pain. L'écorce de toutes les espèces de saule est d'ailleurs comestible, quoique très amère, du genre à vous faire rentrer les joues dans les mâchoires. Il faut donc la faire cuire dans au moins deux eaux avant de l'employer. Elle peut servir de nourriture de survie et on dit que nombre de coureurs des bois coincés en forêt lui doivent la vie. On la mangera alors fraîche, en la mastiquant bien et en recrachant les fibres à mesure. Pour en faire du pain, on la fera cuire d'abord dans deux eaux puis sécher et on la réduira en poudre avant de l'intégrer en petite quantité à la pâte à pain.

Une mise en garde s'impose toutefois : le cambium étant la seule partie du bois qui soit vivante, en prélever une trop grande quantité revient à tuer l'arbre à plus ou moins long terme. Par conséquent, on ne l'utilisera qu'en cas d'absolue nécessité. L'idéal est de le prélever sur des arbres récemment abattus ou tombés.

D'un point de vue culinaire, les jeunes pousses, les bourgeons, les inflorescences et les très jeunes feuilles, sont nettement plus intéressants que l'écorce. De plus, la plupart du temps, on peut en prélever de grandes quantités sans mettre l'arbre en péril. Si on récolte l'écorce en hiver, c'est au printemps qu'on récolte ces parties vertes.

Les Eskimos de l'Alaska et les Inuits du Canada ramassent encore de nos jours les parties comestibles d'une espèce nordique, Salix phylicifolia, et de diverses autres espèces. On mange les bourgeons crus avec de l'huile de phoque. L'huile de phoque sert d'ailleurs à les conserver plusieurs mois, voire une année complète. Cueillies lorsqu'elles ne dépassent pas les quatre centimètres, les jeunes feuilles se mangent soit crues et fraîches, soit séchées et ajoutées à la soupe ou prises en infusion. On les estime d'ailleurs assez pour les mettre en conserve.

Les jeunes pousses de cette espèce et de diverses autres espèces rampantes de la toundra arctique et des montagnes peuvent être pelées puis mangées crues. Enfin, les Slaves de l'Ouest canadien fabriquaient une bière forte avec les branches de diverses espèces de saule.

Et ça soigne quoi?

Avant la mise au point de l'aspirine (acide acétylsalicylique) par Bayers, on employait dans les officines l'écorce de diverses espèces de saule de même que son principe actif, la salicine, qui fut d'abord isolée dans le saule, puis dans quelques espèces de peupliers.

« Arbre contre la douleur », écrit le docteur Jean Valnet dans son livre « Phytothérapie ». Antinévralgique, antispasmodique, sédatif génital, calmant nerveux, fébrifuge, tonique digestif, le saule soulage les névralgies rhumatismales, les céphalées, les douleurs des règles, les états fébriles, l'angoisse, l'anxiété, l'insomnie des neurasthéniques. Il est en outre souverain pour éteindre les ardeurs fougueuses des nymphomanes, priapes, satyriasiques et autres faunes de ce monde, leur permettant de retrouver le sommeil innocent de l'enfance. Étonnamment, il soulage aussi l'hyperacidité gastrique. Étonnamment, en effet, puisque son équivalent de synthèse, l'AAS (aspirine), est au contraire déconseillé en cas d'hyperacidité ou d'ulcère gastrique, car il est réputé pour provoquer des lésions parfois très graves de l'estomac. Enfin, on croyait autrefois qu'une forte décoction de l'écorce intérieure du saule était la cure parfaite pour les maladies vénériennes.

En phytothérapie, les chatons, les feuilles et l'écorce peuvent être employés, mais c'est de loin cette dernière qui est la plus efficace et, avec le temps, son emploi a prédominé. Les deux premiers se préparent en infusion à raison de 10 ml par tasse d'eau bouillante. On en prend trois tasses par jour avant ou entre les repas. L'écorce se prépare sous la forme de décoction à raison de 25-35 g par litre d'eau. On la fait bouillir cinq minutes puis infuser dix minutes. On en prend trois tasses par jour. On l'a aussi prise en poudre, incorporée dans du miel ou du sirop à raison de 5-10 g par dose. On peut également en préparer un vin en faisant macérer 50 g d'écorce dans un litre de vin pendant quelques jours. On prend un verre à bordeaux (75 ml) avant chacun des deux grands repas.

Par voie externe, on emploie les feuilles en compresse pour soigner les contusions et plaies ou en emplâtre contre les entorses et les élongations. On prépare la compresse en faisant bouillir les feuilles dans de l'eau. On récupère le liquide refroidi et on applique. On prépare l'emplâtre en mélangeant les feuilles avec de la farine de blé et un peu d'eau et en appliquant la pâte ainsi obtenue sur les parties affectées.

Les feuilles de saule portent souvent des gales causées par divers insectes. La variété qui se développe sur le S.rigida et qui a la forme d'un bouton de rose serait médicinale (et probablement les autres également). On employait autrefois l'infusion pour soigner la rétention d'urine.

Saviez-vous que?

Les substances actives de nature hormonale que renferme le saule favorisent son enracinement. Il est possible de tirer parti de cette propriété pour bouturer des plantes plus rébarbatives. Il suffit pour cela d'écraser avec un marteau quelques rameaux de saule (toutes espèces confondues) et de les faire tremper pendant 24 heures dans de l'eau. On récupérera cette eau et on y mettra à bouturer les tiges de la plante récalcitrante. La reprise sera bien meilleure.


le sapin baumier

 le sapin baumier

Son nom

La langue offre des noms tous plus éloquents les uns que les autres lorsqu'il s'agit de désigner les diverses espèces de cet arbre : sapin magnifique (Abies magnifica), sapin grandissime (A. grandis), sapin gracieux (A. amabilis). Tout cela témoigne de l'amour, voire l'admiration que l'être humain lui porte depuis toujours et il n'est pas étonnant que ce soit lui que l'on ait choisi comme symbole de Noël. Quant au nom de notre principale espèce, le sapin baumier (A. balsamea), ça ne prend pas un doctorat pour comprendre qu'il fait référence à la puissante odeur que l'arbre dégage, plus particulièrement sa gomme-résine, qui a connu un temps son heure de gloire puisque sous le vocable de « baume du Canada », elle était vendue en bien des endroits du monde.

En France, où on utilise souvent le bois de sapin pour la fabrication de cercueils, l'expression « sentir le sapin » signifie qu'on n'en a plus pour longtemps à vivre. Pour les mêmes raisons, une toux qui sent le sapin, c'est très, mais très, mauvais signe. Au Québec, bien sûr, on sait tous qu'on n'a pas intérêt à se faire passer un sapin bien que l'origine de l'expression reste quelque peu obscur (quelqu'un pourrait-il éclairer ma lanterne à ce sujet?). En outre, l'argot français a créé l'expression « costume en sapin », dont l'équivalent anglais est wooden overcoat, mais je n'ai pas la moindre idée de ce que cela signifie. Y a-t-il un linguiste-historien dans la salle?

Et ça se mange?

Dans l'est comme dans l'ouest, les Amérindiens consommaient l'écorce intérieure de l'une ou l'autre des quatre espèces de sapin indigènes au Canada. On en faisait aussi une boisson. Les jeunes pousses (bout des branches) ont également servi à faire une boisson. On mâchait volontiers la gomme. En guise de friandise et de digestif, les Pieds-Noirs de l'Alberta mélangeaient de la moelle et du lard de gibier avec des fragments pulvérisés de cônes du sapin subalpin (A. lasiocarpa), fragments que les écureuils et les tamias avaient eu la bonne intelligence de laisser derrière eux. Ca, c'était de la récupération, monsieur!

Chez les Lapons et les Scandinaves, on consommait également l'écorce intérieure d'une espèce européenne, le sapin pectiné (A. pectinata). Pour la préparer, on la coupait parfois en lanières que l'on faisait bouillir dans l'eau, comme on le ferait pour des nouilles.

On a également mangé les jeunes pousses et les bourgeons en salade. En France, on produit très localement du miel de sapin.

Et ça soigne quoi?

La gomme de sapin

Lorsqu'on consulte les nombreux ouvrages de phytothérapie qui ont paru au cours des dernières décennies, on s'étonne de l'absence quasi totale du sapin dans la liste des plantes décrites, alors qu'il a constitué, au Québec du moins, un des remèdes les plus populaires. « La gomme de sapin est l'un des articles essentiels de la médecine populaire des Canadiens français qui l'emploient, avec raison d'ailleurs, comme antiscorbutique, comme antiseptique dans les blessures et en cataplasmes sur les brûlures », écrivait le Frère Marie-Victorin dans sa Flore Laurentienne. De cette gomme, on a tiré diverses préparations, notamment une térébenthine (attention, il ne s'agit pas de la térébenthine des quincailliers!), une huile de térébenthine et un goudron médicinaux, préparations ayant une activité assez semblable, mais dont la densité et la viscosité variaient, ce qui permettait d'élargir le champ d'intervention.

Considérée comme un excitant, un diurétique et, à doses élevées, un purgatif, la gomme a été employée en injections pour détruire les ascarides et pour combattre les coliques et la constipation opiniâtre. Par voie externe, on l'a employée en onguent ou en emplâtre, sur les coupures, les ulcères tardant à guérir, les parties affectées de rhumatisme et les douleurs de reins. Les femmes de la campagne s'en servaient en emplâtre contre les douleurs menstruelles ou toute autre douleur liée au système de reproduction féminin.

Pour soigner les rhumatismes chroniques, on employait aussi la térébenthine, sous forme de bain de vapeur. On affirmait en outre qu'elle préservait du choléra.

Avec l'huile de térébenthine, on préparait une solution à lavement, composée également de jaune d'œuf, de tisane d'orge et d'empois (qui ne servait pas qu'à empeser les chemises). Le lavement était destiné à traiter les affections des voies urinaires, l'aménorrhée, la constipation obstinée et l'accumulation des « vents » dans les intestins. Pour le traitement des affections des voies urinaires ainsi que de l'inflammation de la vessie, on se servait également de la gomme et de l'écorce.

Le baume du Canada entrait dans la composition de diverses autres préparations officinales, dont le « collodion flexible », composé de fulmicoton (de la nitrocellulose, proche parente de la dynamite...), éther, alcool et huile de ricin. Il s'agissait d'un pansement servant à préserver les parties malades du contact de l'air, favorisant ainsi la guérison. On l'employait pour soigner l'inflammation du sein, le rhumatisme articulaire aigu, les fissures et les gerçures du mamelon, des lèvres ou des mains, les engelures, les excoriations, les ulcères des jambes, l'impétigo facial, les croûtes de lait chez les enfants, ainsi que les brûlures au premier degré.

Il existait également une préparation dite « baume de genièvre » qui, malgré son nom, ne comprenait pas de genièvre, mais plutôt de la gomme de sapin, de l'huile d'olive, de la cire jaune, du santal rouge et du camphre, et qui était considérée comme un excellent cicatrisant, notamment contre les gerçures des lèvres et des mains. On disait même que c'était là un des meilleurs onguents pour toute espèce de plaies, même les gangréneuses. On se demande vraiment pourquoi on n'en trouve pas dans le commerce.

Tout comme les jeunes pousses du pin et de l'épinette, celles du sapin pectiné (A. pectinata) européen ont servi à des bains thérapeutiques, et on peut supposer que celles du sapin baumier apportent les mêmes effets bienfaisants. On s'en est également servi pour préparer un sirop aux vertus expectorantes (les bourgeons servaient aux mêmes fins). Dans les chaumières du Québec, on en faisait une tisane apéritive, dépurative, rafraîchissante et tonique.

On croit que les propriétés antiscorbutiques du sapin baumier ont été enseignées à Jacques Cartier par Donnacona, le chef des Hurons-Wandats de Stadakona (Québec). En effet, lorsque le Français aborda les côtes du Québec pour la première fois en 1534, les deux-tiers de ses hommes étaient morts du scorbut et ceux qui restaient n'en menaient vraiment pas large. En homme de compassion, Donnacona prépara une infusion de sapinage pour les marins, leur indiquant comment la préparer à leur tour afin qu'ils puissent poursuivre leur traitement aussi longtemps que nécessaire. C'est ce qui les sauva. En passant, d'aucuns affirment qu'il s'agissait d'une autre espèce de sapin, voire de pin, mais c'est là une discussion quelque peu oiseuse puisque, dans les faits, tous les conifères sont riches à la fois en vitamine C et en bioflavonoïdes, substances qui favorisent grandement l'absorption de cette vitamine (appelée aussi « acide ascorbique », c'est-à-dire « qui combat le scorbut »).

Quoi qu'il en soit, lors de son deuxième voyage en 1536, Jacques-Cartier s'empressa de faire prisonniers Donnacona et neuf autres Wandats pour les emmener ensuite en France. Donnacona y mourut sans avoir revu les siens...

La gomme a servi à fabriquer des pastilles à la fois agréables au goût et expectorantes. On peut toutefois les confectionner avec une infusion d'aiguilles 


samedi 3 octobre 2020

Le safran

 Safran

Son nom

Chacun a peut-être sa petite idée de l'« austérité joyeuse », concept créé par notre incontournable écologiste Pierre Dansereau pour essayer de nous rentrer gentiment dans la cervelle qu'on devrait dépenser moins et conserver plus. Celle de mon copain Christian, éleveur dans l'âme, c'est, même s'il n'a pas de quoi acheter des cadeaux à ses proches pour Noël, de pouvoir leur offrir du foie gras provenant des canards qu'il aura lui-même élevés. Pour la jardinière que je suis, ce serait plutôt de leur offrir un sachet de safran que j'aurai cultivé dans mon jardin.

Cueillis péniblement à la main, les stigmates (ou extrémités supérieures du pistil) du safran constituent l'épice la plus chère du monde. À raison de trois stigmates par fleur, il faut 150 000 fleurs pour faire un kilo et près de cinq kilos frais pour faire un kilo séché. De ce fait, par le passé, le safran était souvent falsifié, notamment avec de la fleur de carthame, proche parente en couleur. Pour savoir si le marchand vous avait volé, on recommandait de plonger la main dans le sac. Si les stigmates restaient collés aux doigts, il y avait falsification, une offense, soit dit en passant, qui était punie de mort. Vraiment pas de quoi rigoler.

Et pourtant, le safran, c'est un simple crocus, tout aussi anodin que ceux qui se pointent le nez dans nos parterres très tôt au printemps. Plus précisément, il s'agit du Crocus sativus, nom qui vient du grec krokos, lequel signifie... safran. Bref, le safran, c'est l'ultime crocus. Le nom français (de même que l'anglais) est emprunté à l'arabo-persan za'faran, ce qui n'est pas étonnant quand on sait que les Arabes ont détenu pendant longtemps le monopole absolu du commerce des épices et qu'ils ont, par conséquent, exercé une influence déterminante sur leur nomenclature.

Ajoutons que le safran a jadis donné son nom à des préparations médicinales qui n'avaient rien à voir avec lui. Ainsi ce « safran de Mars apéritif », qui était en fait de l'hydroxyde de fer, ou ce « safran de Mars à la Rosée », cette fois de la limaille de fer exposée à la rosée...

Et ça se mange?

Évidemment!

Il paraît qu'on l'utilisait déjà en cuisine du temps du roi Salomon, c'est-à-dire il y a à peu près trois mille ans. On l'a employé comme colorant pour les confiseries et encore aujourd'hui, au souper de Noël, les Scandinaves mangent un type de gâteau assaisonné de safran.

Toutefois, c'est avec le poisson qu'il s'entend le mieux. On le connaît dans la paella et la bouillabaisse ainsi que dans leurs variations régionales, la bourride, par exemple, que l'on sert avec un ailloli. On l'emploie également dans certains risottos, dont le traditionnel risotto à la milanaise, dont vous trouverez la recette dans Documents associés.

Et ça soigne quoi?

On disait jadis que le safran apportait la gaieté. Pour les Orientaux, il est symbole de sagesse; c'est la raison pour laquelle les vêtements des moines bouddhistes sont de cette couleur.

On l'a employé pour soigner l'hystérie, soit seul, soit en conjonction avec de l'opium. Bon régulateur des règles, il soulage les douleurs menstruelles ainsi que les douleurs lombaires qui les accompagnent. C'est, paraît-il, un aphrodisiaque. En outre, il se comporte à la fois comme un sédatif et un tonique, pour l'estomac comme pour le système nerveux central. En usage externe, c'est un analgésique de la muqueuse des gencives et on l'emploie contre les troubles de la dentition.

On le prépare en infusion à raison de 15 g par litre d'eau. Amener à ébullition et infuser 15 minutes. Prendre 1 à 3 tasses par jour. On peut également préparer une teinture qu'on prendra toutes les deux heures à raison de 10 à 20 gouttes. Par voie externe, on emploiera la teinture en friction sur les gencives douloureuses.

La rumeur qui circule dans certains milieux à l'effet que le safran serait toxique à des doses relativement faibles a été récemment démentie par un chercheur1 qui étudie les propriétés chimiopréventives de cette épice et affirme qu'un adulte devrait en consommer plusieurs centaines de grammes avant d'éprouver le moindre désagrément. On pense que cette erreur vient d'une confusion entre le safran et un autre crocus, le colchique des prés, qui lui est botaniquement très proche et qui est très toxique, même à petites doses.

Son mode de culture

D'humeur accommodante, le safran se cultive facilement, comme les autres crocus. Toutefois, comme il est sensible au froid (il a besoin d'une zone 6 pour survivre), il faut, dans nos régions, récolter le bulbe à l'automne (après la floraison) et le conserver au frais pendant l'hiver, soit en cave froide, soit au réfrigérateur dans un sac de plastique perforé. On le plantera au plus tard début mai au soleil ou à mi-ombre, dans une terre bien drainée et dans un endroit protégé des vents. Comme les bulbes sont assez chers, commencez par une douzaine (10 $). D'année en année, ils se multiplieront. Sachez que les bulbes ne sont offerts qu'à l'automne. Dès que vous les aurez reçus, mettez-les en cave ou au réfrigérateur.

Mais, dès l'automne, il faut préparer la terre en l'ameublissant bien. Pratiquez des trous de 15 cm de profondeur, espacés de 15 cm également, et placez-y des bâtonnets qui resteront en place tout l'hiver. Tôt au printemps, retirez-les, déposez les bulbes au fond des trous et recouvrez-les de terre noire ou de compost.

Vous pouvez essayer d'élever le safran en contenant, mais il ne donnera pas autant qu'en pleine terre. Utilisez un terreau riche que vous renouvellerez chaque année. L'hiver, arrêtez complètement l'arrosage et conservez en caveau ou encore essayez de le garder au jardin, dans un endroit abrité, contre un bâtiment par exemple, protégé d'un épais manteau de paille ou de feuilles mortes.

Pour le récolter, sectionnez les pistils avec les doigts ou prélevez-les avec une pince à sourcils et faites-les sécher sur une feuille de papier ciré (si vous les placez directement sur une toile moustiquaire, ils risquent d'y coller) à l'ombre. Mettez-les dans un contenant hermétique dès qu'ils sont secs.

À noter que seul le pistil est orangé. La couleur de la fleur elle-même, qui apparaît à l'automne quand la température fraîchit, va du lilas au pourpre.


La ronce

 La ronce

Son nom

En France comme au Québec, il existe une certaine confusion de nom entre le véritable mûrier, un arbre du genre Morus, et la ronce ou mûrier sauvage, morphologiquement très différente et d'un tout autre genre botanique (Rubus). Cette confusion vient de la similitude des fruits que produisent le mûrier et la ronce. Dans certaines régions de France, pour les différencier, on nomme « mûron » le fruit de la ronce et « mûre » celui du mûrier.

« Ronce » viendrait de rumex, rumicis, qui, en latin classique, signifiait « dard ».

Rubus est un nom classique ancien, dérivé de ruber, « rouge », par allusion à la couleur du fruit de certaines espèces.

Les divers noms anglais - raspberry, blackberry, cloudberry, dewberry, salmonberry, nagoonberry, thimbleberry - témoignent de la difficulté à caractériser ce genre botanique qui serait en pleine explosion génétique.

Il n'y a pas à proprement parler de différences entre la ronce et le framboisier. D'un point de vue botanique, ce sont tous deux des Rubus et leur seule différence consiste en ce que, dans le cas des framboisiers, le fruit se sépare du réceptacle lorsqu'il tombe tandis que, dans le cas des mûriers, ce n'est pas le cas. Histoire de nous compliquer la tâche, on a créé un sous-genre pour ces derniers, auquel on a donné le nom d'Eubatus. Mais, botaniquement parlant, un sous-genre, ça ne veut pas dire grand-chose et quand d'aventure on en crée, personne ne sait jamais trop quoi en faire ni où les placer exactement dans la hiérarchie habituelle.

Leur rôle dans l'équilibre écologique

« Les Rubus par leur multitude et leur mode de vie, écrit le frère Marie-Victorin, jouent dans la nature un rôle écologique défini. Ils apparaissent sur les terrains sablonneux dénudés, après les graminées et les carex, et fournissent une protection efficace au sol durant l'ensemencement par les arbres. Le règne des Rubus est toujours éphémère, et bientôt ces végétaux passent à l'état d'éléments accessoires. »

Entre-temps, ils auront servi de nourriture aux oiseaux de toutes espèces, leur fournissant les hydrates de carbone nécessaires pour affronter l'hiver ou la grande migration vers le sud, ainsi qu'aux cerfs et, surtout, aux ours. D'ailleurs, à l'automne, les excréments d'ours - excusez l'image - sont reconnaissables entre tous à cause de la multitude de petites graines non digérées qui les garnissent. Quant aux excréments d'oiseaux - décidément, on tombe dans la scatologie - à cette époque de l'année, ils sont littéralement bleus foncé ou pourpre.

Et ça se mange?

On ne va pas s'étendre sur les propriétés gustatives des fruits de la ronce, n'est-ce pas? Disons simplement qu'ils sont consommés depuis toujours, notamment par les Amérindiens qui en récoltaient et en récoltent toujours de très grandes quantités. Pour les préserver, ils les ramassaient immatures et les conservaient dans des caches sous terre. Plus au nord, on les gardait dans des sacs de peau de phoque ou dans de la graisse de phoque ou de poisson-chandelle. On les faisait parfois cuire, puis on les écrasait et on les faisait sécher en une sorte de pâte de fruits. Suffisait de casser un morceau au besoin et de l'ajouter au plat du jour. Ou bien on les faisait sécher tels quels pour les utiliser plus tard dans les sauces, les puddings ou la pâte à pain. On en faisait de la « crème glacée » en les fouettant avec de la graisse de phoque, on les marinait avec des feuilles de patience (une plante proche de l'oseille, qui appartient au même genre botanique), on les mélangeait avec d'autres baies comestibles ou avec du sucre d'érable, ou encore, on en faisait du jus que l'on consommait sur-le-champ, car il ne se conservait guère. Évidemment, on peut en faire des tartes, des gelées, des confitures, des sirops, du vin, du vinaigre (le célèbre vinaigre de framboise) et d'excellentes liqueurs.

On a aussi consommé les jeunes pousses de l'année, appelées d'ailleurs turions, tout comme les pousses de l'asperge. On les pelait soigneusement, puis on les mangeait crues ou on les faisait cuire comme légume pour accompagner le gibier. On peut facilement en faire des conserves pour l'hiver, ou des marinades.

Les Amérindiens fabriquaient une sorte de bière en faisant bouillir ensemble les tiges et les fruits, puis en ajoutant de la levure et du sucre et en laissant fermenter le tout quelques jours.

Les pétales des fleurs de toutes les espèces sont comestibles et peuvent être ajoutés aux salades de fruits ou de légumes. Mais Dieu qu'ils sont petits! Et, en plus, au moment de leur cueillette, on se trouve en concurrence directe avec tout ce qui porte aiguillon à venin et autres sympathiques attributs du même genre.

Les feuilles constituent une excellente infusion et on les a souvent substituées au thé, trop cher ou trop rare. Riches en tanin, elles possèdent l'astringence que l'on recherche dans cette boisson. En Chine et en Europe, il était d'usage de les faire fermenter légèrement dans le but d'en accroître la saveur, tout comme on le fait pour produire le thé noir. La technique est simple : il suffit de laisser flétrir les feuilles à l'ombre dans un endroit humide où la température oscille entre 25 et 40o C en les empilant en couches bien tassées d'une dizaine de centimètres. Au bout de quelques heures, voire d'un jour ou deux, selon l'intensité que l'on recherche et la température ambiante, elles auront pris une couleur foncée. On les fera alors sécher à l'air libre dans un endroit sec, en veillant à bien les détacher les unes des autres. Comme pour le thé, on peut s'en servir pour fumer du poisson, de la viande ou des légumes.

En Europe, le « thé des familles » faisait partie de la tradition. Composé de mélanges de plantes dont la recette variait d'une région à l'autre, voire d'une chaumière à l'autre, il comprenait presque invariablement des feuilles de ronce, de cassis, de framboisier et de fraisier en proportions variables. À cela, on ajoutait au gré de l'humeur ou de la saison, des feuilles de menthe poivrée, des fleurs de tilleul, du serpolet, etc. Très souvent, les feuilles de toutes ces plantes étaient préalablement mises à fermenter. Une fois séchées, on préparait le mélange familial que l'on conservait dans des boîtes en fer blanc.

Les feuilles de Rubus peuvent servir à clarifier le vin.

Très rarement entend-on dire que les bourgeons sont comestibles. Et pourtant, ils sont absolument délicieux, crus, ajoutés à une salade de fruits. Ils ont une saveur complexe, à la fois fruitée et tanisée qui rehaussera un plat un peu fade. Il est vrai qu'il faut beaucoup de temps pour les ramasser, si bien qu'on préfère généralement les réserver aux emplois médicinaux.

Et ça soigne quoi?

Dans la phytothérapie française, on fait une différence entre le framboisier et le mûrier sauvage, mais quand on y regarde de près, on se rend compte que leurs propriétés se recoupent largement. Ainsi, ces deux plantes sont astringentes et diurétiques et leurs feuilles ont été employées indifféremment pour soigner divers troubles menstruels ainsi que les irritations de la bouche et de la gorge. Toutefois, la ronce est censée être légèrement constipante tandis que le framboisier serait plutôt laxatif, ce qui étonne vu sa teneur en tanin. De plus, la tradition a établi un certain nombre d'indications spécifiques à chacune des deux plantes. Ainsi, c'est la feuille du framboisier rouge (R. idaeus) que l'on recommande aux femmes enceintes pour tonifier leur utérus et les préparer à l'accouchement, tandis que c'est la feuille de mûrier sauvage (R. caesius) qui est réputée utile aux diabétiques.

Aucune espèce quelle qu'elle soit n'est toxique, dangereuse, dommageable ni ne provoque d'effets secondaires, si on exclut les blessures causées par les dards acérés placés stratégiquement sur les tiges. Aussi sera-t-on heureux d'apprendre que les feuilles, appliquées sur ces blessures, apporteront un soulagement immédiat et contribueront à en accélérer la guérison.

Chez les Iroquois et les Saulteux, les racines des ronces servaient de remède aux jeunes mères et aux femmes enceintes fatiguées. Aux États-Unis, on a employé la décoction de l'écorce de la racine de mûrier pour soigner la diarrhée. En Chine, on considère d'ailleurs que l'écorce de la racine de mûrier est beaucoup plus efficace que les autres parties de la plante et on l'utilise chaque fois que possible.

Les fruits ou leur jus ont souvent servi en médecine. Ainsi, dans la Grèce antique, on employait les mûres contre la goutte. Le jus de framboise serait efficace contre la cystite tandis que la confiture de mûres a servi à soigner le rhume et que le cordial à base de jus de mûre, de sucre, d'épices et de brandy était employé pour soigner la diarrhée ou d'autres problèmes intestinaux. En fait, les préparations culinaires à base de framboises et de mûres se doublaient très souvent d'une fonction médicale. Quant aux fruits séchés, qui sont peu intéressants pour la consommation parce qu'il ne reste pratiquement plus que les pépins, ils ont servi à faire de bienfaisantes infusions. On peut s'en servir aussi pour agrémenter une infusion insipide ou camoufler la saveur trop marquée d'une plante médicinale.

Les feuilles et les bourgeons du mûrier sauvage ont servi à soigner l'hémoptysie, les hémorroïdes, la diarrhée, la dysenterie, les oliguries et le diabète.

On l'a dit, par voie externe, les feuilles de framboisier ou de ronce peuvent soigner les blessures légères. En bain de bouche et en gargarisme, elles soignent l'angine, la gingivite, la glossite, la pharyngite, la laryngite, les névralgies dentaires, les plaies atones, propriété qu'elles doivent à leur astringence.

Quelle que soit l'espèce choisie, on prépare les feuilles par décoction, en faisant bouillir pendant deux ou trois minutes l'équivalent d'une poignée par litre d'eau. Cette décoction servira pour les usages tant externes qu'internes. Pour préparer le glycéré de bourgeons, reportez-vous à la rubrique cassis.

Il y avait jadis une pratique qui consistait à mettre dans un bocal des bourgeons de ronce fraîchement récoltés et de les exposer au soleil. Au bout de quelques jours, un suc sirupeux s'en écoulait. On le récupérait, l'étendait d'un peu d'eau et utilisait cette préparation en pansements sur les plaies ou encore en gargarisme contre les angines.


Le romarin

Le romarin 

Une légende qui vieillit bien 

Je me demande s'il existe une seule personne en ce bas monde qui n'ait jamais entendu parler de la fameuse légende de la reine de Hongrie, mais au cas où cette personne existerait, voici l'histoire. Vieille, paralytique et percluse d'arthrite, Élisabeth de Hongrie consulta un ermite, tout aussi usé qu'elle, paraît-il, mais plein de ressources, qui lui concocta un esprit de romarin pas piqué des vers et grâce auquel elle fut transformée en une délicieuse jeune femme que le roi de Pologne de l'époque - cela se passait en 1370 - s'empressa de demander en mariage. L'histoire ne dit toutefois pas à combien s'élevait la dot apportée par la dite reine... 

Bref, traditionnellement, le romarin était considéré comme la plante antivieillissement par excellence, particulièrement pour ce qui a trait aux fonctions intellectuelles. Il y a d'ailleurs un adage qui dit que le romarin est à l'esprit ce que la lavande est à l'âme. En effet, le romarin était réputé pour stimuler l'activité cérébrale et améliorer la mémoire. C'est pour cette raison que les lettrés grecs le portaient en couronne lorsqu'ils devaient se livrer à des exercices intellectuels particulièrement exigeants. 

Le médecin hygiéniste Kneipp considérait que c'était le tonique idéal pour les personnes âgées. Il recommandait de le prendre macéré dans du vin ou, encore, de prendre un bain dans lequel il avait trempé. Il a d'ailleurs servi à soigner nombre de maladies qui touchaient essentiellement les personnes âgées : faiblesse générale, surmenage physique et intellectuel, accompagné de perte de mémoire, hypotension, impuissance, divers troubles cardiaques d'origine nerveuse, vertiges, syncopes, rhumatismes, séquelles de paralysie, faiblesse des membres, hypercholestérolémie, cirrhoses, faiblesse de la vue. 

L'industrie agroalimentaire a récemment découvert les puissantes propriétés antioxydantes du romarin. La plante pourrait en effet remplacer le BHT et le BHA, deux antioxydants de synthèse utilisés pour la conservation des aliments, mais qui ont l'inconvénient de présenter un risque cancérogène. En fait, ces propriétés, on les connaissait depuis longtemps puisque, avant l'avènement du réfrigérateur, on s'en servait pour conserver la viande, mais l'odeur et la saveur fortement aromatiques de la plante ne permettaient de l'utiliser que dans quelques rares mets avec lesquels elle est compatible. Ceci a changé dans les années 90 lorsqu'on a réussi à extraire ses principes antioxydants sans son huile volatile. En théorie, on peut donc l'utiliser en remplacements des contestés et contestables BHT et BHA. En théorie seulement, puisque l'extrait n'est toujours pas approuvé par les autorités américaines ou canadiennes. 

Entretemps, consommons-le nature et, pour l'avoir bien frais et exempt de tout résidu de produits chimiques, cultivons-le. Et puis tiens, pourquoi ne pas offrir un plant à l'occasion de la fête des Pères. Avec une carte qui dirait quelque chose du genre : « Cher paternel, comme je voudrais te garder encore bien longtemps, voici un agent de conservation de premier ordre. » 
Culture 

Le romarin ayant un très faible taux de germination, il est préférable de se procurer un ou des plants en jardinerie ou dans des maisons spécialisées. Richter's (http://www.richters.com) vend une quinzaine de variétés différentes à des prix qui vont de 3 à 6 dollars. Plantez-le dans un coin ensoleillé du jardin ou dans la plate-bande de fleurs en évitant les endroits où le sol est mal drainé. Dès la première saison, il prendra une bonne envergure (je dirais environ 30 centimètres de diamètre), alors tenez-en compte. 

Le romarin n'est pas rustique sous nos climats. Même le cultivar « Arp », supposé être résistant au froid, ne survit que dans les zones 6 et plus (le sud du Québec se trouve en zone 4b - 5), et encore, avec une bonne protection d'hiver. Il pourra peut-être survivre à des hivers particulièrement doux si on le protège adéquatement, mais rien n'est moins garanti. Dans tous les cas, procédez ainsi: à l'automne, taillez les tiges environ de moitié. Paillez le plant de façon à l'enterrer entièrement et recouvrez-le d'une toile de jute. 

La meilleure chose à faire, c'est peut-être d'empoter le plant avant les gelées d'automne et de le garder à l'intérieur dans un endroit relativement frais. La déshydratation étant son pire ennemi (n'oublions pas que dans son milieu naturel, il est constamment exposé aux embruns de la mer), il faut éviter de le mettre à proximité d'une source de chaleur ou de le placer devant une fenêtre exposée au sud. D'un autre côté, il ne doit pas avoir les pieds dans l'eau, au risque de pourrir par la racine. On recommande donc de placer le pot sur un plateau contenant du gravier ou de l'argile expansée et rempli d'eau à mi-hauteur ou encore de vaporiser ses feuilles un jour sur deux. La variété « Blue Boy » serait particulièrement adaptée à la culture en pot à l'intérieur. Il faut éviter de le fertiliser durant l'hiver. Attendez de le transplanter en pleine terre au printemps suivant pour lui mettre un peu de compost et, si la terre est acide, une poignée de chaux. 

Et si, malgré tous ces conseils, vous perdez votre romarin, et bien sachez que c'est parce que vous n'êtes tout simplement pas assez vertueux. En effet, d'après un autre adage, la plante ne tolère que la compagnie des êtres de très grande vertu. 
Essayez le romarin dans... 

Tout ce qui est pâte à pain, à fougasse, à pizza. 

La gelée de pomme. 

Les plats de viandes rôties, particulièrement l'agneau et le porc, ou insérez quelques tiges dans la cavité des volailles que vous avez l'intention de cuire au four. 

Les marinades pour viandes braisées ou pour brochettes. 

L'huile d'olive, que vous préparerez ainsi : remplissez un bocal de verre de branches de romarin, recouvrez d'une bonne huile d'olive pressée à froid, laissez macérer au soleil deux semaines, filtrez en exprimant et conservez au frais dans un flacon opaque; arrosez une tranche de pain, des pommes de terre bouillies ou des légumes cuits d'un filet de cette puissante huile aromatique. 

Le vin : faites macérer une poignée de tiges dans 2 litres de vin blanc pendant quelques jours, puis filtrez. 

Les herbes de Provence : une partie de chacune des herbes suivantes, séchées : sarriette, marjolaine, origan, romarin; 4 parties de thym séché; mélangez intimement les herbes et conservez-les dans un flacon de verre ou de céramique. 

Une infusion : deux cuillerées à thé de feuilles ou de fleurs par tasse d'eau bouillante. Infusez 10 minutes. Prenez une tasse avant ou après les repas. 

Un bain : à prendre de préférence le matin, car il est stimulant. La dose est de 500 grammes pour les adultes et 250 grammes pour les enfants. 
Le truc du cuistot 


Débarrassez les tiges de leurs feuilles, en ne gardant qu'une petite touffe au sommet, et utilisez-les pour les brochettes. Ou jetez des feuilles sur le gril du barbecue lors de la cuisson. 

La potentille

La potentille

Son nom

Potentilla vient de potens, qui, ce n'est pas trop difficile à deviner, veut dire « puissant », par allusion aux propriétés médicinales de certaines espèces. Anserina veut dire « qui appartient à l'oie », par allusion au fait, selon les uns, que ces palmipèdes raffolent de la plante ou, selon les autres, que sa feuille ressemble à la patte de l'oie. « Tormentille » vient du latin tormentum « tourment », parce que cette espèce était réputée pour soulager les maux de dents. Erecta, ou recta, veut dire « dressée », par opposition à « rampante » (comme dans P. reptans)

Et ça se mange?

- Ouais.

- Mais encore?

- Pardon?

- Vous dites que ça se mange, mais vous n'avez pas dit comment on la mangeait.

- J'ai dit que ça se mangeait, moi?

- Mais bien sûr, vous venez de le dire, là.

- Je dis vraiment n'importe quoi.

- Vous ne respectez pas votre contrat.

- Bon, d'accord.

À vrai dire, l'ansérine se mange, mais pas la tormentille; et c'est pour cela que je suis un peu embêtée. Ce n'est même pas tout à fait ça. La tormentille pourrait techniquement se manger aussi, mais étant donné sa forte astringence, il faudrait la cuire dans plusieurs eaux pour la débarrasser de son tannin. Si l'ansérine est meilleure, c'est qu'elle renferme moins de tannin. Quant aux autres potentilles, théoriquement, elles devraient pouvoir se consommer aussi, mais les ethnobotanistes restent muets à ce sujet.

Il semble que les Amérindiens de l'ouest du Canada raffolaient littéralement de la potentille ansérine, qui constituait un aliment de base - un peu comme les pommes de terre pour nous - et était récoltée en très grandes quantités. Mangées fraîches ou bien séchées en prévision de l'hiver, les racines servaient, en outre, de monnaie d'échange pour des denrées qu'on trouvait plus rarement dans la région. Des familles s'attribuaient les parcelles où elle abondait, parcelles qu'elles se transmettaient de génération en génération comme s'il s'agissait d'un patrimoine familial extrêmement précieux. On attachait les racines en bottes que l'on faisait ensuite cuire à la vapeur, dans un panier ou, si on disposait de grandes quantités, dans une fosse. On les mangeait assaisonnées d'huile de poisson-chandelle (oui, oui, ce poisson servait vraiment de torche aux Indiens), en accompagnement de viande, poisson ou canard. Les racines étaient également consommées aux Hébrides, bouillies ou rôties, pour leur saveur qui rappelle vaguement celle du panais. Et comme c'est précisément le temps de manger les panais (et les salsifis) que quelques bonnes gelées rendent plus doux, notre recette, que vous trouverez dans Documents associés, vous permettra de comparer les saveurs.

Et ça soigne quoi?

- Est-ce que je sais moi?

- Bon, là ça commence à bien faire. Vous êtes censée faire une chronique complète, sans qu'on vous « torde le bras » à chaque étape.

- Soit. Vous l'aurez voulu.

Le problème, c'est que je ne sais pas si l'espèce P. recta, qui pousse chez nous et qui est naturalisée d'Europe, correspond à l'espèce P. erecta qui pousse en Europe et dont le nom a récemment remplacé celui de P. tormentilla, qui désignait l'espèce censée posséder les plus puissantes propriétés médicinales. Et pour nous compliquer davantage l'existence, la P. reptans, qui est également naturalisée d'Europe, a également porté le nom de P. tormentilla et de Tormentilla erecta, ce qui signifierait qu'elle aurait aussi des propriétés médicinales. Mais on l'a aussi appelée « potentille de Norvège » sauf que, selon les botanistes modernes, la potentille de Norvège n'est pas la P. reptans, puisqu'il s'agit de la Potentilla norvegica. Qui plus est, la P. simplex, qui serait une simple variation sur le thème de P. reptans, aurait également de puissantes propriétés médicinales, sauf que, à ma connaissance, il n'y a que les soeurs de la Providence pour en avoir parlé. Et c'était en 1890.

Alors, vous comprenez mon problème? C'est la vraie pagaille là-dedans et ce n'est pas parce que les soeurs de la Providence nous disent que toutes les potentilles ont les mêmes propriétés qu'on doit les croire sur parole, n'est-ce pas?

Par contre, puisque c'est l'acide tannique qui semble être le principe actif de la potentille, on peut vraisemblablement conclure que plus la racine est astringente (à cause de son tannin), plus elle est efficace médicinalement. Comme aucune des potentilles n'est poison, on ne risque rien à essayer les diverses espèces qui poussent à l'état sauvage sous nos climats. Il suffit de goûter. Moins c'est mangeable, plus c'est efficace. Simple, non?

- Simple, oui, mais pas très scientifique, je dirais.

- Pour la science, vous frappez à la porte d'à côté, d'accord? Non mais, ho! vous me prenez pour qui?

À cause de leur astringence, les potentilles sont particulièrement utiles tant à l'intérieur - pour soigner la diarrhée - qu'à l'extérieur - pour soigner les affections des muqueuses de la bouche et de la gorge.

Dans le cas de la diarrhée, elles viendraient à bout de l'entérocolite, de la diarrhée estivale ainsi que de celle qui accompagne la typhoïde. Elles sont également efficaces contre l'entérite et la colite aiguës et subaiguës. On peut les prendre sous forme de poudre (racine séchée et finement réduite en poudre) à raison d'une pincée, plusieurs fois par jour; de tisane à raison de 1 à 3 cuillerées à soupe de rhizomes coupés en morceaux à faire bouillir 15 minutes dans 1/2 litre d'eau. Prendre une tasse plusieurs fois par jour. Le vin de tormentille serait particulièrement efficace. On le prépare en faisant macérer pendant une semaine 70 g de racines bien nettoyées dans un litre de porto ou de brandy. Filtrer, boire 1 à 3 verres à bordeaux (l'équivalent de 75 ml par verre) par jour.

Par voie externe, on se sert de la décoction en gargarisme pour soigner les aphtes et autres ulcérations de la bouche, en injections vaginales pour soigner les leucorrhées et en compresses pour soigner les contusions, les ecchymoses et les brûlures. La stomatite et la gingivite persistantes ainsi que la pharyngite chronique - y compris la toux des fumeurs - seraient soulagées par des gargarismes à la racine de tormentille. On a également soigné la stomatite et la périodontose en utilisant un mélange à parts égales de teinture de tormentille et de teinture d'arnica ou de teinture de tormentille et de teinture de myrrhe qu'on applique sur les gencives ou la gorge avec un pinceau ou le doigt. Enfin, on a soigné avec grande efficacité, semble-t-il, les engelures en diluant un extrait de tormentille dans de la glycérine et en appliquant la préparation sur la partie atteinte.

La potentille ansérine a été longtemps employée en médecine, mais on croit aujourd'hui que sa réputation était surfaite, probablement à cause de sa faible teneur en tannin. Ce sont les feuilles et les fleurs qu'on a employées. On a dit d'elle que c'était l'amie du sexe féminin à cause de ses propriétés stimulantes et antispasmodiques de l'utérus. On s'en est servi pour soigner la diarrhée, l'hémoptysie, les règles douloureuses, les crampes d'estomac, l'angine de poitrine, les convulsions et l'incontinence urinaire. Mâcher régulièrement sa racine était censé raffermir les gencives.


Le plantain

 Le plantain

Son nom

« Pied de l'homme blanc », disaient les Amérindiens pour désigner le plantain qui serait arrivé en Amérique avec les colons français et anglais, ses semences voyageant clandestinement sur les semelles de leurs chaussures, et se serait implanté dans les chemins qu'ils empruntaient.

Le nom latin Plantago signifierait « plante qui agit », par allusion aux propriétés médicinales que les Romains lui attribuaient. D'autres avancent que le nom signifie plutôt « plante des pieds » par référence à la forme des feuilles de certaines espèces.

Il existe plus de 200 espèces de plantain, et le genre est répandu un peu partout sur la planète. C'est à ce même genre qu'appartient le Plantago psyllium, dont les graines légèrement laxatives sont vendues en pharmacie. Les espèces qui nous intéressent ici sont le Plantago major (grand ou majeur), le Plantago media (moyen) et le Plantago lanceolata (petit ou lancéolé), auxquelles on attribue les mêmes propriétés médicinales, bien que le plantain majeur (Plantago major) soit, de loin, le plus fréquemment employé.

Son rôle dans l'équilibre écologique

Selon le frère Marie-Victorin, « le plantain majeur est la nourriture favorite de la chenille rousse et noire que l'on voit, à l'automne, marcher vivement le long des chemins. Cette chenille est la larve d'un lépidoptère, l'Isia isabella. »

Et ça se mange?

On a mangé les jeunes feuilles crues, ajoutées aux salades. Leur goût rappelle vaguement celui de champignons auxquels on aurait ajouté une pointe d'oseille. Plus coriaces en vieillissant, elles sont meilleures cuites à la manière des épinards. On a également mangé les graines, réduites en farine et ajoutées à la pâte à pain ou à la soupe. À noter qu'elles constituent un excellent aliment pour les oiseaux en cage, et, on peut le supposer, pour nos oiseaux indigènes. Cueillez-en et mettez-les dans la mangeoire l'hiver prochain.

Malgré l'abondance de la plante en Amérique du Nord, les Amérindiens ne semblent pas l'avoir beaucoup employée en cuisine. On sait que les Tanaina ainsi que d'autres groupes indigènes de l'Alaska ont consommé les jeunes feuilles du Plantago maritima et du Plantago macrocarpa qu'ils mangeaient crues ou cuites, souvent mélangées à de la graisse de poisson ou de phoque et que, encore aujourd'hui, ils en font des conserves. Toutefois, on croit que ces emplois sont relativement récents. D'ailleurs, les Tainaina n'ont pas de nom pour cette plante.

Et ça soigne quoi?

Par voie interne, on dit que le plantain est un excellent purificateur du sang, des poumons et de l'estomac. Il soignerait l'hémophilie, la diarrhée, la dysenterie, les retards dans le développement chez l'enfant, la tuberculose, les bronchites chroniques, la pharyngite, la laryngite, les néphrites. Les graines ont été employées avec succès dans les hémorragies utérines et celles du poumon. De leur côté, les Chinois emploient ces dernières pour leurs propriétés diurétiques et éliminatrices de l'urée, de l'acide urique et des chlorures - les déchets de l'organisme, quoi! En outre, parce que les graines sont tellement nombreuses, ils les considéraient comme un symbole de fertilité et croyaient que leur cueillette favorisait les grossesses. On dit aussi qu'ils s'en servaient, avec de la graine de lin, pour soigner la baisse du pouvoir sexuel chez l'homme. Mais bon, on le sait, les Chinois ont à peu près tout utilisé à cet effet.

En usage externe, on s'en est servi contre les conjonctivites, l'inflammation des paupières, les plaies, coupures, ulcères de jambe, gingivites, dartres, dermatoses croûteuses, pertes blanches. Ainsi que contre les morsures de vipères et les piqûres d'insectes. Les vipères étant rares sous nos climats, c'est contre les piqûres d'insectes qu'on l'apprécie tout particulièrement chez nous. Piqûres d'abeilles, de guêpes, de frappes-à-barres, de brûlots, de maringouins et, par temps orageux, de mouches domestiques ou de coccinelles, qui oui, peuvent vous mordre sauvagement sous l'effet de la pression atmosphérique. Pour soigner toutes ces petites blessures, il suffit de froisser quelques feuilles et de les appliquer directement sur la partie touchée. Le soulagement est quasi instantané.

On affirme, en outre, que les feuilles froissées et appliquées sur les lésions causées par l'herbe à la puce, les guérissent. « Ab-so-lu-ment! », me dit Louise, une amie, qui a récemment soigné ainsi sa petite fille de deux ans, ajoutant que, en quelques heures à peine, il n'y avait plus aucune trace de lésions. Ça tient presque du miracle quand on sait combien il est difficile de se débarrasser de cette dermatose.

Comme on avait les deux mains dedans, Louise s'est également rappelé ce conseil que sa mère lui avait donné après qu'elle se soit éraflé les genoux en chutant de sa bicyclette : « Tu prends une feuille de plantain, tu la « liches » et tu la colles sur le bobo.» Et voilà un pansement de fortune qui ne passerait peut-être pas le test de l'inspection sanitaire, mais qui est réellement efficace.

On peut préparer une infusion, à raison de 10 g de feuilles pour 100 ml d'eau, dont on boira 2 à 4 tasses par jour. Mais à cause de sa richesse en mucilage, la plante se prête mieux à la macération (tout comme la mauve et la guimauve). On fera donc bouillir une minute dans un litre d'eau 30 à 60 g de feuilles, puis on laissera macérer toute la nuit. Boire un litre en 24 heures.

L'infusion ou la macération convient également pour les usages externes, en gargarismes, bains de bouche, lavages oculaires, compresses ou irrigations vaginales, selon les indications.